Silent Mutation (Post anthropocène)
Low Land







Tsunami / Ice Land





Safe Land




High Land


Géodesy



Beyond the time



Into the cloud



Vidéos
Tree leaves always fall one day
Vidéo 3,59 mn en boucle
Organic
Vidéo 3,56 mn en boucle
Beyond the time (vidéo)
15,23 mn en boucle
Projet Silent Mutation (Post Anthropocène)
Et il invente le paysage…
Claire Tangy / Janvier 2017
« … Avant d’être un spectacle conscient, tout paysage est une expérience onirique. On ne regarde avec une passion esthétique que les paysages qu’on a d’abord vus en rêve »
« …le pays natal est moins une étendue qu’une matière ; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance… »
Gaston Bachelard « L’eau et les rêves ».
Les photographies de Lionel Bayol-Thémines frappent, en ce sens qu’elles agissent sur l’œil comme un signal fort, incontournable. Elles suscitent chez celui qui les observe, fascination, tout autant que questionnement et sentiment d’étrangeté. Que sont ces images ? De quels paysages sont-elles la mémoire ? De quelles fictions sont-elles les témoins ?
Là, une falaise enherbée surplombe calmement une mer aux tons gris/bleu, tandis que des formes vertes et acérées – herbes ou aiguilles ? – flottent dans le ciel, menaçant à l’évidence l’ordre des choses. Ces formes ne sont d’ailleurs pas sans évoquer les visions qui surgissent à la surface de l’œil lorsqu’on l’a frotté ou plissé trop fortement. En ce sens, le champ qu’elles occupent dans l’image répond difficilement au classement habituel de la perspective paysagère. On ne peut à proprement parler de premier plan, mais de prépondérance. Un peu comme si l’élément ajouté était la projection, au sein de l’image objective, d’une forme inhérente à notre vision. C’est en tout cas de l’ordre du débordement, de la sortie de route.
Quel est ce tsunami neigeux qui se superpose au sable humide d’une plage à marée basse ? A l’endroit précis où la jonction s’opère entre sable et neige, nos repères vacillent. L’œil discerne cependant les deux registres de représentation, celui qui documente le réel et celui qui l’invente. Il se plaît à vagabonder de l’un à l’autre, puis revient à la zone de frottement entre les deux, comme s’il cherchait à décoller la croûte neigeuse, à glisser un doigt dessous, ainsi qu’on procéderait pour soulever un couvercle et découvrir ce qui se cache dessous. Inconfort de la vision. Incertitude quant à l’objet regardé. Mais aussi fascination et sensualité de la matière. Que ce soit la vapeur d’eau cotonneuse du nuage, le crémeux de la neige artificielle, la rugosité de la roche, l’humidité du sable, tout autant que la prolifération verte et mousseuse des algues, lisse et artificielle, la matière est exacerbée comme une composante émotionnelle du paysage. La force des images inventées par Lionel Bayol-Thémines tient autant à la clarté de leur composition, qu’à leur portée paroxystique. Sensation que les éléments débordent, sortent du cours prévu d’un ordre qui pourrait bien être révolu. Allant jusqu’à pousser la photographie à sortir de sa dimension propre pour devenir volume.
L’artiste ne cherche pas à fondre l’artificiel dans le réel, à passer sous silence – à des fins d’enjolivement – son processus de fabrication. Bien au contraire il rend apparent, avec une certaine brutalité, le récit de cette élaboration, faisant écho en cela à la façon dont l’activité de l’homme métamorphose le paysage. Il façonne ses images, par ajouts ou retranchements, puisant dans la matière numérique-même de l’image photographiée, le matériau nécessaire à la construction de sa vision. Ce faisant, il fabrique un paysage, qui est autant vrai que faux, de l’ordre du mirage ou de l’apparition. La capacité de Lionel Bayol-Thémines à inventer le paysage et les modalités de sa représentation, tout autant que sa façon d’y intégrer les inquiétudes dont il est l’objet – la mutation silencieuse –, l’inscrivent fortement dans son époque.
Claire Tangy
And he invents the landscape…
“…Before becoming a conscious spectacle, every landscape is a dreamlike experience. We gaze with aesthetic passion only at those landscapes we have first seen in a dream”
“…the homeland is less an expanse than a substance; it is granite or earth, wind or drought, water or light. It is within it that we materialize our daydreams; it is through it that our dream takes on its true substance…”
Gaston Bachelard, “Water and Dreams.”
Lionel Bayol-Thémines’ photographs are striking in that they act on the eye like a powerful, unavoidable signal. They evoke in the viewer a sense of fascination, as well as a sense of wonder and strangeness. What are these images? What landscapes do they evoke? What fictional worlds do they bear witness to?
Here, a grassy cliff calmly overlooks a sea of gray and blue hues, while sharp green shapes—grasses or needles?—float in the sky, clearly threatening the natural order of things. These forms, moreover, are not without evoking the visions that surface in the eye when one has rubbed or squinted too hard. In this sense, the space they occupy in the image defies the usual classification of landscape perspective. Strictly speaking, one cannot speak of a foreground, but rather of a dominance. It is somewhat as if the added element were the projection, within the objective image, of a form inherent to our vision. In any case, it belongs to the realm of overflow, of veering off course. What is this snowy tsunami that blankets the damp sand of a beach at low tide? At the very point where sand and snow meet, our bearings falter. The eye, however, distinguishes between the two modes of representation: one that documents reality and one that invents it. It delights in wandering from one to the other, then returns to the friction zone between the two, as if seeking to peel back the snowy crust, to slip a finger beneath it, just as one would lift a lid to discover what lies hidden beneath. Discomfort of vision. Uncertainty regarding the object being viewed. But also the fascination and sensuality of the material. Whether it is the cottony water vapor of the cloud, the creaminess of the artificial snow, the roughness of the rock, the dampness of the sand, or the green, mossy proliferation of algae—smooth and artificial—the material is heightened as an emotional component of the landscape. The power of the images created by Lionel Bayol-Thémines lies as much in the clarity of their composition as in their climactic impact. A sensation that the elements are overflowing, breaking free from the expected course of an order that may well be a thing of the past. Going so far as to push photography beyond its own dimension to become volume. L’artiste ne cherche pas à fondre l’artificiel dans le réel, à passer sous silence – à des fins d’enjolivement – son processus de fabrication. Bien au contraire il rend apparent, avec une certaine brutalité, le récit de cette élaboration, faisant écho en cela à la façon dont l’activité de l’homme métamorphose le paysage. Il façonne ses images, par ajouts ou retranchements, puisant dans la matière numérique-même de l’image photographiée, le matériau nécessaire à la construction de sa vision. Ce faisant, il fabrique un paysage, qui est autant vrai que faux, de l’ordre du mirage ou de l’apparition. La capacité de Lionel Bayol-Thémines à inventer le paysage et les modalités de sa représentation, tout autant que sa façon d’y intégrer les inquiétudes dont il est l’objet – la mutation silencieuse –, l’inscrivent fortement dans son époque.
Claire Tangy