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Installation vidéo en boucle / modulable mono ou multi écran
Latent Invisible Workers
Les modèles d’intelligence artificielle se construisent à partir de milliards d’images prélevées dans l’immensité du Big Data. Cet immense réservoir visuel n’existe pas de manière neutre : il est organisé, indexé, façonné par une armée d’ouvriers invisibles, les click workers, mais aussi par des robots et, plus largement, par la multitude anonyme des usagers du web.Dans ce projet, il ne s’agit pas de représenter des individus mais d’évoquer des présences. Les portraits que je produis ne sont pas des visages reconnaissables, mais des silhouettes génériques, indistinctes : ils incarnent la condition de ces travailleurs invisibles qui, par un labeur précaire et souvent méconnu, rendent possible l’entraînement des modèles génératifs que nous manipulons aujourd’hui. Leur geste, simple et répétitif, classe, nomme, ordonne. Leur subjectivité, pourtant, disparaît derrière la machine qu’ils nourrissent.Le prompt utilisé contient différents mots pouvant caractériser qui ils sont, d’où ils sont, ce qu’il font et pour qui ils travaillent, pour quel projets… Ainsi naissent des images floues, anonymes, sans identité arrêtée : elles proviennent d’une seule itération dans l’espace latent, telle une image non révélée, quasi générique, une matrice anonyme.L’œuvre ne révèle pas, elle efface. Elle fait apparaître, dans leur anonymat même, ceux qui n’ont pas de visage. Elle questionne la valeur de l’humain réduit à un geste invisible, dissous dans la mécanique du capital et de la technique, mais dont la trace persiste comme un écho spectral dans les images que nous contemplons.
Artificial intelligence models are built from billions of images taken from the vastness of Big Data. This immense visual reservoir does not exist in a neutral form: it is organized, indexed, and shaped by an army of invisible workers, known as click workers, but also by robots and, more broadly, by the anonymous multitude of web users.This project is not about representing individuals but evoking presences. The portraits I produce are not recognizable faces, but generic, indistinct silhouettes: they embody the condition of these invisible workers who, through precarious and often unrecognized labor, make it possible to train the generative models we use today. Their simple, repetitive actions classify, name, and organize. Their subjectivity, however, disappears behind the machine they feed.The prompt used contains different words that can characterize who they are, where they are from, what they do, and who they work for, for which projects… Thus, blurry, anonymous images are born, without a fixed identity: they come from a single iteration in the latent space, like an unrevealed, quasi-generic image, an anonymous matrix.The work does not reveal, it erases. It brings to light, in their very anonymity, those who have no face. It questions the value of human beings reduced to an invisible gesture, dissolved in the mechanics of capital and technology, but whose trace persists like a spectral echo in the images we contemplate.











